Cumul chômage et revenu locatif : comment déclarer, calculer et optimiser (LMNP / LMP)
Au sommaire
- IL’article résumé en quelques points
- IIPeut-on cumuler ARE et revenus locatifs ? La règle utile est la date de démarrage
- IIIComment France Travail calcule la réduction : méthode pas à pas (avec les chiffres)
- IVAvance provisoire sans justificatifs : pourquoi vous pouvez voir « 70 % » et « 80 % »
- VLMNP ou LMP : les deux seuils à surveiller pour éviter une bascule subie
- VIMicro-BIC ou réel : ce que cela change dans le revenu retenu (et donc votre ARE)
- VIIDémarches et pièces : ce que vous devez pouvoir produire, et dans quel ordre
- VIIIDeux options connexes souvent évoquées : ACRE et ARCE (à manier avec méthode)
Vous pouvez cumuler l’ARE (aide au retour à l’emploi) et des revenus de location meublée, mais le résultat dépend d’un point très concret : votre activité de LMNP (loueur en meublé non professionnel) existait-elle avant votre inscription, ou démarre-t-elle pendant votre chômage ? Dans le second cas, France Travail réduit l’allocation selon une mécanique de déduction à 70 %, avec un plafonnement par votre salaire de référence, ce qui impose d’anticiper le calcul et de documenter vos encaissements.
L’article résumé en quelques points
- LMNP déjà en place avant l’inscription : cumul en principe intégral, sous réserve de pouvoir prouver l’antériorité et de respecter l’actualisation.
- LMNP démarré pendant l’ARE : cumul partiel, avec une retenue à 70 % sur le revenu pris en compte et un plafond allocations + revenus ne dépassant pas le salaire de référence.
- Point de vigilance LMP : bascule en LMP (loueur en meublé professionnel) si recettes annuelles > 23 000 € et > 50 % des revenus du foyer, avec des cotisations sociales pouvant être bien plus lourdes.
- Plan d’action : simulez, choisissez le régime (micro-BIC ou réel), actualisez mensuellement, transmettez vite les justificatifs pour éviter les avances provisoires.
Peut-on cumuler ARE et revenus locatifs ? La règle utile est la date de démarrage
Ce qu’il faut savoir, c’est que France Travail ne traite pas de la même manière une activité de location meublée déjà existante et une activité initiée pendant la période de chômage.
Si votre LMNP existait avant votre inscription comme demandeur d’emploi, le cumul est en principe intégral : vous conservez 100 % de l’ARE, à condition de pouvoir démontrer l’antériorité de l’activité et de continuer à respecter vos obligations déclaratives.
Si vous démarrez votre LMNP pendant le chômage, vous basculez sur un cumul partiel : une partie de vos revenus locatifs est retenue dans le calcul, avec une déduction appliquée à hauteur de 70 % du revenu pris en compte.
Enfin, un garde-fou est systématique : le total allocations + revenus ne doit pas dépasser le salaire de référence ayant servi de base au calcul de votre allocation. En pratique, ce plafond est un repère de conformité à vérifier dès que vos loyers deviennent significatifs.
Mon conseil pragmatique : si vous hésitez sur la qualification « activité déjà existante », constituez un dossier daté (contrat de location, historique d’encaissements, éléments d’immatriculation) avant même la première actualisation qui mentionne les loyers. C’est souvent là que se joue l’absence d’indu.
Comment France Travail calcule la réduction : méthode pas à pas (avec les chiffres)
En cas de cumul partiel, le calcul repose sur une conversion des revenus en « jours non indemnisables ». Pour pouvoir refaire le calcul, il faut définir trois notions.
ARE mensuelle : c’est votre allocation journalière multipliée par le nombre de jours du mois (exemple : 32 € x 31 jours = 992 €).
AJ (allocation journalière) : elle est déterminée à partir du SJR (salaire journalier de référence). Dans un exemple type, un SJR de 100 € conduit à une AJ de 57 €.
Revenu pris en compte : il peut intégrer, le cas échéant, un abattement fiscal lorsque vous êtes au micro-BIC (abattement de 50 %). Ensuite, France Travail applique le coefficient de 0,70.
La mécanique opérationnelle peut se lire ainsi : vous partez de l’ARE théorique du mois, vous retranchez 70 % du revenu retenu, puis vous divisez par l’allocation journalière pour obtenir le nombre de jours indemnisables.
Exemple chiffré simple (arrondis compris)
Supposons une AJ de 32 € sur un mois de 31 jours : l’ARE mensuelle théorique est de 992 €. Vos recettes locatives du mois sont de 600 €. France Travail retient 70 % de ces 600 € : soit 420 €. Le nombre de jours indemnisables devient : (992 - 420) / 32 = 17,87, arrondi à 18 jours.
Ce point est important : les jours non indemnisés ne sont pas perdus, ils prolongent la durée de droits (ici : 31 - 18 = 13 jours prolongés).
Exemple « Madame A. » : micro-BIC et plafond de salaire de référence
Voici un cas complet, utile pour vérifier que vous êtes sous le plafond « allocations + revenus ».
Données : SJR = 100 €, salaire de référence mensuel = 3 042 €, AJ = 57 €. Les recettes LMNP mensuelles sont de 1 500 €. Au micro-BIC, l’abattement est de 50 %, donc la base retenue devient 750 €. France Travail applique ensuite 0,70 : la déduction est de 525 €.
Sur un mois à 31 jours, l’allocation théorique est 57 € x 31 = 1 767 €. Après déduction : 1 767 - 525 = 1 242 € versés. Le total « allocation versée + revenu pris en compte » est 1 242 + 750 = 1 992 €, ce qui reste inférieur au plafond de 3 042 €. Les jours indemnisés sont 1 242 / 57 = 21,78, arrondi à 22 jours.
En pratique, je recommande de conserver des quittances et preuves d’encaissement dès le premier mois. J’ai déjà vu des dossiers où le calcul était cohérent, mais où l’absence de pièces déclenchait une avance provisoire puis une régularisation tardive, ce qui complique votre trésorerie.
Avance provisoire sans justificatifs : pourquoi vous pouvez voir « 70 % » et « 80 % »
Vous pouvez rencontrer deux mentions différentes, « 70 % » et « 80 % », lorsqu’il est question d’avance en l’absence de justificatifs. Ce qui compte pour vous, c’est l’effet concret : France Travail peut verser une allocation provisoire inférieure au calcul final, puis régulariser dès réception des pièces.
Dans un exemple pédagogique, on obtient d’abord un nombre de jours indemnisables J, puis un nombre de jours « provisoires » J x 0,8, avant régularisation. Concrètement, cela signifie qu’un mois peut être payé en deux temps, avec un premier versement réduit (par exemple 14 jours payés), puis un complément une fois les justificatifs validés (par exemple 4 jours payés en plus).
Recommandation opérationnelle : prenez un rendez-vous dès le démarrage de l’activité et préparez un dossier PDF lisible (quittances, relevés de plateforme si location saisonnière, SIRET). En cas de doute, le contact téléphonique indiqué pour l’actualisation est le 3949.
LMNP ou LMP : les deux seuils à surveiller pour éviter une bascule subie
Ne pas confondre LMNP (non professionnel) et LMP (professionnel) : ce n’est pas un simple libellé fiscal, c’est un changement de régime avec des conséquences sociales et comptables.
La bascule en LMP intervient si, sur l’année, vous dépassez deux conditions cumulatives : des recettes locatives annuelles supérieures à 23 000 € et des recettes locatives supérieures à 50 % des revenus globaux du foyer fiscal.
| Statut | Seuils | Conséquences sociales indiquées | Repère utile en période d’ARE |
|---|---|---|---|
| LMNP | En dessous de la double condition | Prélèvements sociaux : 17,2 % | Surveillez l’évolution annuelle, même si vos loyers sont stables |
| LMP | > 23 000 € et > 50 % des revenus du foyer | Cotisations sociales estimées 35 % à 40 % des bénéfices + minimum 1 145 € | La baisse d’autres revenus peut déclencher la bascule |
Point d’attention spécifique aux demandeurs d’emploi : l’ARE est comptée comme revenu professionnel pour apprécier le critère des « 50 % ». Autrement dit, une baisse de vos autres revenus peut faire apparaître vos recettes meublées comme majoritaires, même sans augmentation de loyers.
Exemple de logique : avec 30 000 € de recettes locatives et 35 000 € d’autres revenus, vous restez LMNP. Si les autres revenus tombent à 27 000 €, la part relative des recettes locatives peut dépasser 50 % et vous basculez en LMP. C’est typiquement le scénario à simuler dès qu’un changement de situation intervient.
Micro-BIC ou réel : ce que cela change dans le revenu retenu (et donc votre ARE)
Le choix du régime fiscal influence la base susceptible d’être retenue pour le calcul France Travail, et donc votre niveau d’allocation.
- Micro-BIC : abattement de 50 % sur les recettes. Exemple direct : 1 500 € de recettes deviennent 750 € retenus, puis la déduction France Travail applique 0,70 (soit 525 € dans l’exemple).
- Régime réel : vous pouvez déduire amortissements, intérêts d’emprunt et charges réelles, ce qui peut réduire fortement le résultat. En contrepartie, la comptabilité et les justificatifs sont indispensables, faute de quoi le revenu retenu pourrait être apprécié défavorablement.
En cas de doute, je vous recommande une approche normée : choisissez un régime après une simulation chiffrée, et préparez le dossier justificatif cohérent avec ce régime. L’objectif n’est pas « d’optimiser à tout prix », mais d’éviter une situation où votre fiscalité dit une chose et votre indemnisation est calculée sur une autre base, avec un risque d’indu.
Démarches et pièces : ce que vous devez pouvoir produire, et dans quel ordre
Pour sécuriser le cumul, vous devez traiter la location meublée comme une activité qui se documente. En pratique, trois blocs reviennent systématiquement : l’immatriculation, la déclaration mensuelle, puis la justification en cas de demande.
- Immatriculation et fiscalité : passez par le Guichet Unique de l’INPI pour obtenir un SIRET, créez au besoin l’accès sur impots.gouv.fr, et préparez la déclaration initiale de CFE via le formulaire 1447.
- France Travail : actualisez tous les mois et conservez un dossier prêt à téléverser (contrat de location, quittances, relevés de plateformes type Airbnb ou Abritel si concerné, SIRET, inventaire du mobilier pour la location meublée).
- Preuves et traçabilité : privilégiez une logique « encaissements prouvables » avec pièces horodatées, afin de répondre vite en cas de régularisation ou de contrôle.
Cas particulier à connaître si vous louez en saisonnier votre résidence principale : la limite de 120 jours par an est un repère à suivre, d’autant que les plateformes transmettent des données qui facilitent les contrôles. Là encore, une gestion simple consiste à exporter régulièrement vos relevés de plateforme et à les archiver.
« Votre meilleur levier n’est pas une astuce, c’est un dossier cohérent : même calcul, mêmes montants, mêmes dates, et des justificatifs disponibles dès l’actualisation. »
Deux options connexes souvent évoquées : ACRE et ARCE (à manier avec méthode)
Si votre projet s’inscrit dans une création d’activité plus large, deux dispositifs sont parfois mobilisés.
ACRE : une demande est possible auprès de l’Urssaf dans un délai de 60 jours.
ARCE : il s’agit d’un capital de 60 % des droits restants, versé en deux fois, avec une contrepartie claire : vous renoncez au versement mensuel de l’ARE. Un repère temporel est mentionné à partir du 1er avril 2025 : maintien du droit plafonné à 60 % du reliquat.
En pratique, avant toute décision, simulez l’impact sur votre trésorerie mensuelle. Le capital peut aider un lancement, mais la renonciation au flux mensuel change votre profil de risque, notamment si vos loyers sont saisonniers.